RENCONTRE AVEC .......

DELPHINE COUTANT


Photo Denis ROCHARD

Saluée dès ses débuts en 2002 par la critique et remarquée sur scène, notamment au Printemps de Bourges et au festival Alors Chante! De Montauban, Delphine Coutant, auteure compositrice interprète, a réalisé quatre albums : Alouette (2002), Comme le café empêche de s’étendre (2005), La marée (2009) et Parades nuptiales (2012).

Reconnue pour la singularité de son expression, son chemin n’en est pas moins jalonné de multiples collaborations artistiques dans les domaines de la musique, du théâtre, de l’écriture, de la danse. Elle a également une approche de la création empreinte d’un lien fort avec la nature, influencée par son activité de paludière dans les marais salants de Guérande.

Comment résumer en quelques lignes notre invitée d'aujourd'hui,,,,Cette « touche à tout » excelle, pour notre plus grand bonheur, dans tout ce qu'elle entreprend !

Ma première question Delphine,,,, comment arrives tu à jongler entre tes différentes « casquettes » ?

C'est avant tout le plaisir qui me guide, plaisir de rencontrer des personnes différentes et de m'enrichir à leur contact, plaisir d'aborder l'expression artistique par différents biais pour pouvoir mieux faire évoluer mon regard, mon ressenti, et mieux m'ouvrir au monde...

C'est aussi un besoin... Si je ne me lance pas dans ce qui me tient à coeur, je connais la frustration, j'ai l'impression de ne pas saisir tout ce que la vie offre et je supporte mal de vivre avec des regrets.

Delphine, c'est surtout à l'auteure que je m'adresse aujourd'hui .

Te souviens-tu de l'écriture de ta première chanson ? Et depuis .......combien en as-tu écrites ?

Mes premières chansons étaient en fait écrites à plusieurs mains avec mes soeurs et mon frère, quand enfants, nos parents nous faisaient voyager dans un petit trafic aménagé pour l'occasion. Sur la route, le jour, pour nous occuper et nous entendre, nous étions très créatifs et c'était amusant. La nuit, je dormais très peu et j'écoutais alors les chansons choisies par mes parents pour accompagner la conduite : Barbara, Brassens, Leny Escudero, Gianni Esposito,... J'étais émue dans ces moments où j'avais le sentiment que des choses très fortes, vitales, complexes, m'étaient communiquées et provoquaient de grands chamboulements intérieurs, de manière tellement simple : une K7 la nuit dans un trafic...

Ensuite il m'a fallu attendre d'avoir vingt cinq ans pour me mettre sérieusement à l'écriture de chansons, quand, violoniste, j'étais en manque de mots... C'est le besoin qui m'a fait écrire.

Depuis j'ai écrit une centaine de chansons.

Comment pratiques-tu.......as-tu une méthode de travail ?

As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te « trottent »-elles ensemble dans la tête ?

Souvent je sais sur quel « état » je veux travailler ; c'est souvent une préoccupation liée à mon cheminement existentiel, suffisamment forte pour que j'aie besoin et/ou envie de me mettre au travail. Il va s'agir alors de traduire cet état, d'opérer une alchimie bienfaisante, tenter de « transformer le plomb en or ».

C'est la mélodie qui appelle les mots ; j'écris ma chanson petit à petit en la chantant, et en construisant l'harmonie en même temps au piano ou à la guitare... parfois il reste quelques « trous » dans le texte mais la mélodie, quant à elle, est bien là, et appelle de toutes façons certaines voyelles, certaines allitérations, un type de sonorités.

La page blanche te hante t-elle ?

Pas du tout.

C'est l'intérêt d'avoir plusieurs modes d'expression...

Par exemple, si les mots n'arrivent pas, je fais un instrumental, et c'est très bien ainsi.

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

Je n'écris pas à la demande, si ce n'est celle, impétueuse, des émotions qui tambourinent à l'intérieur...

Mais au préalable, il faut quand même que j'aménage des périodes pour cela, me dire : ces jours-ci seront consacrés à laisser l'espace pour que les émotions affleurent, je ne m'occupe pas à autre chose, c'est prioritaire. Et j'essaie de tenir bon si la matière résiste ; je ne « zappe » pas.

Ecrire est-il vital pour toi?

Oui, surtout à l'époque de mes premières chansons.

Avec le temps, avec la sérénité que j'acquiers petit à petit, le sentiment d'être à ma juste place et de m'en sentir heureuse, l'acte de création est moins vital, mais il participe de mon épanouissement global.

Les périodes d'écritures sont-elles exaltantes ou déprimantes ?

Difficiles si la matière résiste et si l'alchimie ne se fait pas ; j'ai alors le sentiment de rester avec mon fardeau...

Exaltantes quand la chanson arrive !

Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier , ce serait lequel?

De n'écouter que lui. De ne demander conseil à personne ! D'être au plus près de ce qu'il ressent comme intimement juste.

Ta chanson préférée ?

Lalala chantée par Ingrid Caven.

Te sens-tu plus Auteure que Compositrice ? Estimes-tu que la musique et les arrangements soient aussi importants que le texte ,,,ou l'inverse ?

Tout est intimement lié pour moi, texte, musique, arrangement ; c'est vraiment un tout, comme une sculpture, une peinture. Quand je compose, j'ai besoin de faire un arrangement dans la foulée, il est complètement lié pour moi à l'essence de la chanson, c'est pourquoi il faut que je l'aborde vite, avant de perdre l'état qui m'a fait écrire.

Quel impact voudrais-tu que tes propres chansons aient auprès des gens ? Quelle est la mission de tes chansons ?

Je ne sais pas.

Mais si cela peut donner envie aux autres de créer aussi, s'exprimer, s'émouvoir, s'émerveiller, quels que soient le domaine, la forme, je suis heureuse.

Quel regard poses-tu sur la chanson française actuelle, son évolution , son avenir ?

Son sort est lié aux endroits où elle peut être entendue.

Si les petits lieux disparaissent, si les radios ne se font pas le relai de la diversité existante, il est clair que nombre de carrières de chanteurs risquent de s'arrêter, et que la chanson sera, de fait, de moins en moins diversifiée... Côté artistes, peut-être faut-il aussi que nous sachions la faire évoluer avec notre époque : intégrer par exemple la musique électronique, travailler avec l'image, croiser avec d'autres arts...

Pour terminer, parle moi un peu de tes ateliers d'écriture , notamment ceux en milieu scolaire et puis, y a t-il une question à laquelle tu aurais aimé répondre ....et que je ne t'ai pas posée ?

Mes ateliers consistent essentiellement à pousser les jeunes à s'autoriser à écrire, quelque soit leur bagage culturel, quelles que soient leurs difficultés avec l'expression, quel que soit leur caractère.

Leur faire comprendre qu'à mon sens, plus un propos est personnel, dans la forme et dans le fond, et plus il est intéressant, voire potentiellement universel.

Ce qui compte surtout c'est la générosité : il faut donner. Sans craindre les retours.

Je travaille alors beaucoup sur le climat de réceptivité de la classe, valoriser les prises de risque, créer une atmosphère de bienveillance pour permettre cette autorisation à créer, et vivre tous ensemble de petits moments de grâce.

Je ne peux terminer l'interwiew sans te poser une dernière question concernant «  ton demain »,,,c'est à dire à quoi vont ressembler tes projets immédiats et ceux « d'après demain » ?

Dans l'immédiat, il s'agit de promouvoir le nouvel album qui vient de sortir.

Maintenant qu'est passée la grosse période de production de l'album et du spectacle « Parades nuptiales », je peux aussi dégager du temps pour d'autres projets que mes chansons : je commence les répétitions pour un spectacle de théâtre sur la pomme de terre avec la metteuse en scène Monique Hervouët, j'interviens à nouveau dans les collèges, je reprends répétitions et concerts avec Michel Boutet que j'accompagne au violon, et au Printemps commencera « l'habillage » de ma saline dans les marais salants de Guérande pour préparer la prochaine récolte de sel...

Merci Delphine pour ta disponibilité .

 





 
 
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