Eric FRASIAK  RENCONTRE AVEC
ERIC FRASIAK....

( Présentation et interwiew )
Pour les présentations 3-2-1-chansons laisse la parole à Michel KEMPER ( Nos enchanteurs ...)

On ne parlera jamais que de quelques « chanteurs rockers » médiatisés, laissant de côté de larges pans de ce genre. Si je vous dit Frasiak, ça peu ne rien vous évoquer. Éric Frasiak est un autre rocker, un dont la notoriété n’a guère dépassé ses frontières cantonales et affectives, dont les sorties extra-muros, toutes réussies qu’elles aient été (Printemps de Bourges, Olympia…) , ne l’ont jamais fait rencontrer les grands médias sans qui on n’existe pas. Dommage.
Frasiak est un ardennais biberonné aux Ferré, Lavilliers, Springsteen, Pink Floyd et Génésis. Il en gardera pour toujours l’adn. A 19 ans, après avoir chanté Béranger dans les balloches, il se lance carrément dans la chanson, sous l’intitulé d’”Éric Frasiak et Fond de Cale”. Jean-Louis Foulquier et Jean-Michel Boris l’encouragent à « monter » à Paris. De Bar-le-Duc il y descend donc. Nous sommes en 1983. Un album arrangé par François Bréant (comparse de Lavilliers) est travaillé qui, hélas, ne verra jamais le jour. Désillusion, retour à la maison où Frasiak change d’orientation professionnelle. Mais la chanson le tenaille et il remet un beau jour son travail sur l’établi : l’aventure reprend en 1996, avec pas mal de groupes et d’expériences musicales. Des tas de boulots alimentaires aussi : roadie ou figurant, commercial, manœuvre ou soudeur. La routine… Sort l’album Repartir à Zéro en fin 2003 : comme une profession de foi. L’album est signé “Frasiak & Les Passagers”. Les scènes reprennent, rencontrant chaque fois un public enthousiaste. Les concours aussi, étonnant pour le « vieux » briscard qu’il est, qu’il remporte souvent. Étrange collection vraiment. Un second opus en 2006, suivi d’un live deux ans plus tard. Et voici son nouveau cédé : Parlons-nous. Parlons en, bel équilibre entre une chanson qu’il estime et un son rock qui le porte. Héritage de François Béranger (envers lequel il rend singulier hommage, par une chanson éponyme), les chansons de Frasiak n’existent pas pour rien, pour ne rien dire. Puisqu’il a le micro, il en profite. Se fait la Jetset en un réjouissant tango, fustige le fichier Edwige (« Edwige, c’est ma vie qu’tu piges / Tout c’que tu sais sur moi ça m’donne un peu l’vertige / Et l’amour dans tout ça, tu t’en fous, tu négliges ») rêve de concert avec Obama (« C’est l’espoir qui commence / La folie qui s’en va »), nous remémore la vie d’avant internet et plus encore celle de ses Vingt ans, convoquant pour l’occasion le grand Léo. Frasiak est un artiste important parce que sincère. Et attachant. Son art aurait pu plaire aux ondes mais il n’est pas du lot, c’est comme ça. N’empêche que ses traces n’ont rien à envier à d’autres. Et que Frasiak est un des beaux fleurons de la chanson. "

Merci Michel....mais aujourd'hui c'est à l'Auteur que 3-2-1-chansons a voulu poser quelques questions.....

Eric, depuis quand écris-tu et qui t'as donné l'envie d'écrire ?

Ma 1ère chanson date d’aout 1975..

Un petit poème chantée pour un 1er amour d’ado….le titre : « TOI »..

A y réfléchir, c’est donc l’amour qui m’a donné envie de chanter.

Mais comme disait François BERANGER, toutes les chansons sont un peu des chansons d’amour, alors…

Ah BERANGER, si j’en parle c’est qu’en vérité, c’est lui qui a fait ce que je suis aujourd’hui en tant qu’artiste. Je l’écoutais en boucle dans ces années là… Ca m’apportait tellement que ça a un peu construit ma vie. Tous les sujets évoqués dans ses chansons : l’amour, la révolte, les potes, l’humour, la musique, la liberté…et exprimé de cette façon là… je me reconnaissais dans tout. Il a aussi été ma porte d’entrée chez les FERRE, les DYLAN. Il a vraiment été mon « maître à chanter ».

Comment pratiques-tu.......as-tu une méthode de travail ?

En fait, j’écris tout le temps…. C’est plus un état qu’une méthode.. J’ai des petits bouts de papier partout. Des idées musicales aussi que je fixe sur un dictaphone qui ne me quitte jamais.. Je ne suis pas un auteur de « bureau » qui écrirait comme il fait un travail de 9H à17H. Les idées de chansons sont plutôt le prolongement des sensations, des frissons, des rencontres qui font la vie. Alors des phrases s’écrivent dans la tête.

Ensuite c’est sûr le travail commence, car de cette idée « tombée du ciel » il faut faire une chanson. Cela peut aller très vite, je me suis vu écrire des chansons en 1 heure mais la plupart du temps il faut plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour que je sois content du résultat. Parfois ce n’est qu’un seul mot ou une rime qui me dérange et tant que je ne suis pas satisfait à 150%, la chanson occupe mes pensées 24H/24 jusqu’à ce que la magie opère et que je puisse enfin mettre le point final.

Ou trouves-tu ton inspiration et quels sont tes thèmes préférés ?

Les thèmes des chansons suivent mes « tranches de vie » même si les 2 premiers albums ne représentaient qu’une partie de moi.

Le 1er album REPARTIR A ZERO était plutôt un album d’introspection, presque sentimental.. Un besoin d’exprimer en chansons un certain mal de vivre … La page est tournée…

Le second, ITINERAIRES, est le résultat d’une époque ou j’ai beaucoup voyagé autour du monde et la plupart des chansons étaient plutôt des chansons de route (des road songs, un peu comme les road movies du cinéma…)

PARLONS NOUS, le dernier album est celui qui me ressemble le plus, un mélange de passion, de révolte et d’humour.. un album plus entier.

Mon inspiration c’est la vie, les rencontres, l’amour, la connerie humaine, la politique, les bons moments, enfin tout ce qui fait qu’on existe. Après il faut y ajouter la poésie de l’écriture, la musique pour que ça devienne une chanson.
Viennent ensuite le travail en studio et les arrangements…

Est-ce que ta gomme est un instrument utile pour écrire ?

Il est sûr que pour une phrase locataire à vie d’une chanson, il aura fallu en écarter des centaines… Alors oui, la gomme est largement aussi utile que le crayon. Quoiqu’en y réfléchissant bien, je rature plus que je ne gomme…Je n’écris pas sur un ordinateur mais sur des cahiers et des feuilles de papier et j’aime bien garder mes brouillons (il y a toujours des idées qui trainent, une seule place pour 2 bonnes idées parfois..).. J’aime bien relire les phrases que je n’ai pas gardées et je comprends souvent mieux pourquoi je les ai écartées…même si la décision n’était pas aussi facile que ça à l’époque…

As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te «trottent »-elles déjà dans la tête ?

Pas de règle pour l’ordre d’inspiration. Parfois l’idée de texte appelle une musique ou plutôt un style musical. J’écoute beaucoup de musiques différentes et je ne veux pas m’enfermer dans un seul… Pour moi c’est comme si je ne buvais QUE du Bordeaux en ignorant les vins de Loire ou les Bourgogne…

Autant les mots trottent dans la tête, autant les mélodies naissent sur ma guitare et parfois c’est un début de musique qui me donne envie d’écrire certains mots.

Je suis admiratif des grands musiciens classiques, entre autres, qui peuvent composer de la musique uniquement dans leur tête, sans la jouer. Je ne suis pas assez doué musicalement pour ça.

La page blanche te hante t-elle ?

L’écriture est assez cyclique chez moi.. Avec des périodes intenses où les idées fusent et des périodes plus calmes où pas grand chose ne se passe.

Je sors de 2 années d’écriture et d’arrangements pour le nouvel album et depuis quelques mois je n’ai pas beaucoup écrit.. Je t’avoue que je commence à repenser à la page blanche… sans trop d’inquiètude mais quand même…

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

Non, pas de période privilégiées, la nuit, le matin, le soir, la journée… Quand le feu est allumé, il brûle tout le temps… En ce qui concerne l’écriture à la demande, j’ai déjà fait des textes sur un sujet précis, sur une musique fournie par un compositeur. J’ai bien aimé le résultat mais je n’aime pas trop la démarche. Je ne suis pas trop « faiseur » de chansons.

Ecris-tu pour d'autres ?

Je l’ai fait mais ce n’est pas ce que je préfère. Je suis sollicité parfois et j’y reviendrai peut être…

Ecrire est-il vital pour toi?

Absolument vital car c’est un prolongement de moi. Une façon d’exterioriser ce qui se bagarre là dedans et surtout de le partager plus tard sur scène avec le public.

Les périodes d'écritures sont-elles éxaltantes ou déprimantes
?

Totalement exaltantes…J’adore voir un texte prendre forme, même si parfois on se taperait la tête dans le mur, cette alchimie des mots qu’on triture et qu’on assemble pour en faire un texte de chanson, cette démarche de recherche d’idées, de rimes, d’images et de poésie c’est vraiment « jouissif »…

Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier , ce serait lequel?

Ne pas s’arrêter aux premiers textes que l’on écrit. Ecrire toujours et encore, jusqu’à ce que cette fameuse « inspiration », que personne ne contrôle, vienne un jour poser une magie un peu plus forte sur un texte…..

Ta chanson préférée ?

Difficile de n’en choisir qu’une, alors je t’en donne 3 (et encore, il y en a tant d’autres…) :

- La mémoire et la mer (Léo FERRE)

- Paris Lumière (François BERANGER)

- The river (Bruce SPRINGSTEEN)

Te sens-tu plus Auteur que Compositeur ? Estimes-tu que la musique et les
arrangements soient aussi importants que le texte ?

Je me sens autant auteur que compositeur. Un texte de chanson n’est pas de la poésie, il n’a pas sa propre musique. Il trouve son équilibre avec la mélodie qui l’accompagne et pour moi la musique a une part considérable dans la réussite d’une chanson. Pour comparer avec le cinéma, les mots sont les images et la musique la bande son d’un film : indissociables.

Mais le texte reste est le principal acteur de la chanson… C’est d’abord lui que je reçois quand j’écoute une chanson, ensuite la mélodie et la voix. Les arrangements n’ont pas grande importance, ils sont accessoires et changeants. J’aime d’ailleurs beaucoup changer de formule musicale sur scène pour ne pas toujours faire porter le même costume aux chansons En duo avec un pianiste, à 2 guitares, en trio avec des percussions ou en groupe…

Pour terminer, comment vois-tu l'avenir des ACI comme toi (ceux qui
colportent la bonne chanson Française) qui sont peu, pas ou mal reconnus ?
Plus précisément un ACI comme toi peut-il vivre correctement de son Art
aujourd'hui ?

Tout d’abord, merci de me mettre dans la catégorie de ceux qui font de la bonne chanson française.. La route est longue et difficile et pas toujours bien éclairée mais il est possible de prendre des chemins de traverses où on y fait de belles rencontres. Les médias sont, comme ils l’ont toujours été, plutôt enclain à la facilité qu’à la réflexion mais des réseaux de véritables amoureux de la chanson existent encore. Il est aussi difficile de se produire sur scène quand on est pas trop médiatisé mais des circuits de concerts « à la maison » existent. Et puis il y a internet et son ouverture incroyable sur le monde. Que de belles rencontres j’ai pu faire grâce au Web…

Maintenant pour vivre correctement de la chanson c’est une autre histoire. J’ai, pendant 10 ans, vécu uniquement de la musique mais j’en avais marre de la course aux cachets et aux Assedic pour boucler les fins de mois… Aujourd’hui, j’essaie d’exister un maximum en tant qu’artiste, car ma vraie vie est là et je suis plutôt content de la tournure que prennent les choses ces derniers temps, l’accueil du dernier album, les concerts etc… mais je suis obligé, pour l’instant, d’avoir un job à côté (radio locale et studio d’enregistrement), pour me permettre de vivre normalement.
Je terminerais bien par cette citation d’Albert EINSTEIN : « N'essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur. » Je m’y efforce..

Y a t-il une question , auquelles tu aurais aimé(e) répondre et que je ne t'ai pas posée ?

On se voit quand pour prendre un pot ???

Michel de 3-2-1-chansons

Et moi je te dis ....le plus vite possible et dans tous les cas le 30 octobre à l'ARTHE CAFE ....Belle soirée en perspective !

 




 
 
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