RENCONTRE AVEC MICHEL BHULER....

Photo Anne Crété


"Je passe mon enfance à Ste-Croix, dans le Jura vaudois.
Je suis les cours de l'Ecole Normale à Lausanne, de 1961 à 1965.
A partir de 1969, je me consacre à la chanson.
Tournées dans toute la francophonie, nombreux spectacles à Paris.
Je voyage à travers le monde, j'écris des romans, des pièces de théâtre, que j'interprète parfois moi-même..."

Voilà , telle est la présentation que Michel fait de lui-même sur son site
, construit de ses petites mimines ( c'est lui qui le dit ! )....
Allez voir , revoir , Michel Bhüler , si vous ne l'avez déjà fait , c'est vraiment un grand moment de bonheur !

Mais aujourd'hui c'est essentiellement à Michel , l'auteur ,que je m'adresse ......

Te souviens-tu de l'écriture de ta première chanson ? Et depuis , combien en as-tu écrites ?

Ma première chenson, je crois, s’appelait « Les gens de chez nous ». Je dois  l’avoir écrite vers 1965. Elle parlait des gens de ma région (le Jura vaudois). Je me sentais le droit, puisque les chanteurs français parlent souvent de Paris, de parler de mes voisins et de mes paysages.
Depuis, j’en ai écrite environ 250 : 192 sont enregistrées et éditées (un très beau livre aux Editions Bernard Campiche). Les autres ont été écrites pour des chorales, et souvent intégrées à des spectacles de théâtre : j’ai écrit également de nombreuses pièces de théâtre (ainsi que des romans et des récits, toujours aux Editions Bernard Campiche).

Comment pratiques-tu.......as-tu une méthode de travail ?

L’écriture.. c’est 98 % de travail, et 2% d’inspiration. Du moins dans mon cas.
Je travaille par périodes : pendant quelques mois j’écris du théâtre, puis de la prose, puis des chansons. Je ne pratique jamais les trois genres en ême temps.
Lorsque je suis dans une période « chansons », je commence le matin vers 9 heures, pour arrêter vers 18 heures. Comment on fait ? On prend une feuille de papier, un stylo, on réfléchit, on aligne des mots, des phrases, on s’énerve, on ne trouve rien, on est désespéré... Au bout de deux ou trois jours, quelques phrases s’imposent, on commence à trouver un bout de fil, on tire dessus... Après une dizaine de jours de sueur, en général la chanson est terminée.
Lorsqu’elle est écrite, je ne la retouche plus... mais bien sûr il y a des exceptions...

As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te « trottent »-elles ensemble dans la tête ?

Le plus souvent, les paroles viennent d’abord. Puis, en cours d’écriture, je commence à avoir une idée, vague, de la musique (le rythme, le genre : joyeux, triste). Lorsque les paroles sont terminées, je passe encore deux ou trois jours à peaufiner la musique.

La page blanche te hante t-elle ?

Pas la page blanche. Mais la page à moitié remplie, sur laquelle on ne sait plus quoi écrire, sur laquelle on bloque. Il arrive alors qu’on se dise qu’on n’a plus rien à dire, qu’on ne parviendra jamais plus à écrire une chanson. C’est un sentiment excessivement pénible, on est désespéré.
Mais cette véritable douleur est compensée par le bonheur infini qui vous envahit lorsqu’une chanson que l’on estime bonne est terminée. On se fait ainsi un magnifique cadeau à soi-même, avant d’en faire cadeau aux auditeurs-spectateurs.

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

Non, pas de période privillégiée. Oui, il m’arrive d’écrire une chanson sur commande, pour tel ou tel événement.

Ecrire est-il vital pour toi?

Je voudrais laisser derrière moi un monde meilleur que celui que j’ai trouvé en arrivant (Ce n’est pas gagné !...) L’écriture, la chanson sont mes outils dans ce travail. En ce sens, on pourrait dire qu’écrire est pour moi important. Mais pas « vital » comme pourrait le dire un « poète (pouët pouët) » étherré (j’en connais) qui dirait, posant, et rejetant en arrière une mèche de cheveux  : « Je ne peux pas passer un jour sans écrire... l’écriture, c’est ma vie... » Je puis parfaitement passer des jours heureux sans écrire une ligne. J’écris pour être utile. Et également, regardons les choses franchement, j’écris pour gagner ma vie. En Suisse, nous n’avons malheureusement pas de statut d’intermittent du spectacle (gardez et défendez fermement le vôtre !!!) : chez nous, si tu ne travailles pas (ou plutôt si tu ne produis pas), tu crèves.

Les périodes d'écritures sont-elles exaltantes ou déprimantes ?

On commence comme on aborderait un pays inconnu, avec appétit et curiosité. Puis vient une période de déprime (voir ci-dessus « la page blanche »). Puis souvent un immense bonheur.

Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier , ce serait lequel?

Travaille.

Ta chanson préférée ?

Pour moi, la plus belle chanson de la langue française est « J’entends j’entends », poème de Louis Aragon, musique de Jean Ferrat. Juste derrière, il y en a deux mille autres.

Te sens-tu plus Auteur que Compositeur ? Estimes-tu que la musique et les arrangements soient aussi importants que le texte ?

Je suis plus auteur. Mais évidemment la mélodie, puis l’accompagnement, soutiennent et font vivre les paroles. On peut lire et comprendre mes textes (on peut lire et comprendre tous les textes de chansons). Mais la musique les rend plus séduisants. La musique, parfois, peut attirer l’attention dans un premier temps, tromper l’auditeur en quelque sorte. Puis cet auditeur ensuite se mettra à écouter et à aimer les paroles. La musique peut donc parfois être le cheval de Troie grâce auquel les paroles pénètrent dans le cerveau.

Quel impact voudrais-tu que tes propres chansons aient auprès des gens ? Quelle est la mission de tes chansons ?

Rien de plus à dire que ce qu’écrit Aragon, dans « J’entends j’entends » : « ...J’aurais tant aimé cependant / Gagner pour vous, pour moi perdant / Avoir été peut-être utile... »

Que penses-tu de la mise à l'écart  « médiatique » d'ACI comme toi ou d'autres de tes collègues comme Leprest , Bertin , Benin, Michèle Bernard par ex !

Lamenais disait : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Les programmateurs de radios ou de télévisions, qui nous méprisent, sont pour la plupart des illetrés, des imbéciles et des ignares. Ne pas être respecté par ces gens-là est un compliment.
D’autre part, la chanson, nos mots, si on les diffusait, pourraient amener les gens à réfléchir. Dans un monde où l’ambition de la télévision est de vendre du temps de cerveau disponible aux marchands de merde, nos chansons sont dangereuses. Pas étonnant donc que le pouvoir (et ses complices, même inconscients) les censure. Car c’est bien une censure qui nous frappe, même si elle ne dit pas son nom.
Malheureusement, la plupart du temps, ceux qui voudraient nous voir plus présents sur les ondes ne se font pas suffisamment entendre. Ils disent : « On n’y peut rien, ils font ce qu’ils veulent ». Le jour où un mouvement existera pour, par exemple : « Moins de merde à la télévision », les choses changeront peut-être.
Si nous n’existons pas (ou peu) médiatiquement, c’est d’abord donc la responsabilité des décideurs (programmateurs, directeurs, etc...) Mais cette responsabilité est également la nôtre, qui subissons sans réagir la merde qui nous est imposée.       

Quel regard poses-tu sur la chanson française actuelle, son évolution , son avenir ?

« De mon temps »... (Voilà que je parle comme un vieux !)... Quand j’étais jeune, donc, on chantait beaucoup et partout. Du moins en Suisse. En famille, entre copains, dans les bistros. C’était normal, c’était un moyen de communiquer et de communier. Aujourd’hui, plus personne ne chante, sauf peut-être dans sa salle de bains : allez essayer de chanter avec des copains dans un bistro, le patron appellera les flics. On pourrait donc dire que la chanson, dans nos pays, est morte.
La chanson est pourtant un moyen si important et si beau pour communiquer qu’elle ne peut pas mourir. Alors disons qu’elle est actuellement en veilleuse.
Elle vit encore grâce à de multiples associations, grâce à des festivals.

Y a t-il une question à laquelle tu aurais aimé répondre ....et que je ne t'ai pas posée ?

Je déteste qu’on me pose des questions. (Je plaisante, bien entendu !!!)

 Merci Michel pour ta disponibilité et bonne route à toi !




 
 
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