Le coup de coeur de ce début 2015...

Rencontre
avec
SARAH
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SARAH a bien voulu répondre à quelques unes de mes questions...

SARAH raconte nous déjà un peu ton parcours, ce parcours très riche que tu as vécu avant de venir à la chanson ?

 Mon histoire est celle d'une écouteuse qui se ballade . Voir biographie sur mon site .

Voilà, maintenant que la présentation est faite, c'est à l'Auteur que tu es que je m'adresse !

Depuis quand écris-tu et qui t'as donné l'envie d'écrire ?

J'écris depuis que je sais écrire. Petite fille j'écrivais des poèmes et je chantais beaucoup de chansons et récitais des films entiers. Mais consciemment c’est à 12 ans quand j'ai lu Baudelaire que j’ai su que je voulais en faire le centre de ma vie. J'ai rien compris mais je savais que c'était là ce que j'étais.

Comment pratiques-tu.......as-tu une méthode de travail ?

Mon matériau ce sont les mots. Pendant un an j'écrivais des poèmes et puis je me suis rendue compte que certains étaient faits pour être chantés.

Où trouves-tu ton inspiration et quels sont tes thèmes préférés ?

J'ai une idée ou un sentiment mais je ne le couche pas sur le papier tel quel car je ne considère pas l'écriture comme un défouloir ou un journal intime. Pour que ça parle aux gens il faut que cette idée rencontre un objet, un personnage, un paysage. Alors seulement j'écris. Par exemple Les chaises qui deviennent ce qui nous empêche de bouger dans la vie ou Le carrousel avec le jeu du pompon : on continue tous de tourner et d’essayer d’attraper un pompon que quelqu’un qu’on ne voit pas agite au-dessus de nos têtes. Ou le personnage de Ponctuation un clown triste qui remet tout à plus tard, met des masques, il vit entre parenthèses, en points de suspension, au conditionnel, etc.

Certaines chansons mettent des mois à être écrites. Ça se mâche, ça se repose comme une pâte à pain. Certaines je les accouche tout de suite parce que quelque chose vient faire le déclic mais en fait je la portais en gestation sans le savoir.

Est-ce que ta gomme est un instrument utile pour écrire ?

Non. J'ai un carnet et un stylo / crayon différent pour chaque projet que je fais.

J’écris tous mes brouillons de chansons au crayon sans gomme, je raye. J’ai une dizaine de stylos plumes différents pour chaque projet car j'écris aussi de la prose et des articles. Ça glisse pas pareil et ça fait pas le même bruit.

As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te « trottent »-elles déjà dans la tête ?

Comme mon matériau de création ce sont les mots c'est eux qui viennent en premier. Je ne suis pas une musicienne c'est à dire que je n'ai pas de musiques ou de rythmes qui me trottent dans la tête et je ne maîtrise pas de langages musicaux comme les musiciens. J'utilise la musique pour que mes mots chantent. La musique vient après mais bien sûr elle modifie le texte. J'aimerais beaucoup écrire avec un compositeur en se renvoyant la balle, chacun à l'aise dans son medium.

La page blanche te hante t-elle ?

C'est pas la page blanche le problème, c'est de se rendre jusqu'à la table et d'avoir la tranquillité d'esprit, le silence et le temps nécessaires. Faire taire les choses plus urgentes mais moins importantes. Et comme aujourd’hui l’artiste doit tout faire, c’est très difficile d’avoir le temps de la page blanche.

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

J'écris malheureusement dans les trous que me laissent ma vie d'artiste gérante productrice infographiste agente de presse bookeuse gestionnaire de site, mes jobs alimentaires aussi. C'est à dire que je n'écris pas assez.

Oui je peux écrire à la demande mais cette demande n'existe pas. Les artistes déjà connus sont impossibles à joindre à moins de passer plusieurs mois à se contorsionner dans les couloirs du VIP. Et les artistes émergents sont presque tous auteurs compositeurs interprètes, on a dû mal aujourd'hui à reconnaître qu'on est meilleur dans un domaine que dans un autre.

Ecrire est-il vital pour toi?

Oui.

Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier , ce serait lequel?

Je n’ai pas de conseil, mais plutôt un avis sur les thèmes. Je trouve que beaucoup confondent chanson et journal intime et se déversent. Je pense qu'il y a assez de choses à dire sur le monde qui nous entoure pour qu'on en parle. Et que finalement pour faire une chanson sur soi qui parle aux autres, ça prend un grand détour par le monde.

Ta chanson préférée ?

Évidemment je n'ai pas une seule chanson préférée, mais j'aime citer la chanson C'est peut être de Allain Leprest pour répondre à ceux qui disent "tu as du talent donc tu vas y arriver si tu y crois".

Pour terminer, comment vois-tu l'avenir des ACI comme toi (ceux qui colportent la bonne chanson Française) qui sont peu, pas ou mal reconnus ? Plus précisément un ACI comme toi peut-il vivre correctement de son Art aujourd'hui ? Penses tu que cette chanson là , a plus de reconnaissance en France qu'au Canada ?

Je regrette d'abord qu'il existe une certaine caste parisienne qui apprécie la "vraie chanson" mais qui attirent très peu de jeunes. Je suis allée par exemple dans des scènes ouverte de poésie où la moyenne d'âge était 50 ans et dans des scènes ouvertes où la moyenne était de 18 ans et là ils ne chantaient qu'en anglais sans même bien parler cette belle langue. Les descendants de Brel et Brassens existent, ils sont là, il faut que le pont entre génération soit reconstruit, en enlevant de part et d'autre les préjugés. Les uns pensent que les jeunes ne font pas de la vraie chanson, les autres trouvent que la chanson rive gauche à texte acoustique c'est vieux jeu.

Quiconque sort du divertissement galère aujourd'hui. Un artiste doit tout faire tout seul et les salles exigent que ce soit l'artiste qui remplisse tout seul. "Amène tes amis" qu'on nous dit, en exigeant un minimum garanti pour la salle. On ne trouve que très peu (moi je n’en n’ai pas encore trouvé) de salles qui sont prêtes à prendre un artiste parce qu'ils y croient en disant à l'artiste : " au début tu n'auras pas beaucoup de gens, mais dans deux mois, on la remplira tu verras !" avec un esprit de collaboration.

Évidemment je ne vis pas de mon art aujourd'hui. La place que prend la communication est effrayante. Pour être considéré comme professionnel faut avoir le site, les bonnes photos, la bonne démo, les beaux flyers, avoir suffisamment de "J'aime" sur facebook. On ne peut plus simplement se présenter avec son art. Et c'est tout cela qui coûte très cher et bien sûr tous nos cachets y passent et ne suffisent pas.

Au Québec ça n'est pas plus simple. Le marché est très petit, les distances entre les villes sont énormes. Il y a trop d'artistes pour pas assez de salles. D'autre part le Québec suit la politique multiculturaliste du Canada et sépare la chanson francophone de la musique dite "du monde". Par contre Montréal est évidemment plus accessible pour débuter que Paris. Et au Québec on a encore le droit de rêver, alors qu'en France... Cependant la France fait une plus grande place aux textes en général. Il suffit de voir le nombre de personnes qui lisent un livre dans le métro et de le comparer au métro montréalais. Au Québec le théâtre et la musique sont deux univers distincts avec des salles spécialisées. Il n'y a pas comme en France des petits théâtres qui accueillent les spectacles musicaux. Donc de part et d’autre il y a des avantages et des difficultés.

Y a t-il une question , à laquelle tu aurais aimé(e) répondre et que je ne t'ai pas posée ?

Oui : Penses-tu que les médias remplissent leur rôle pour aider des artistes émergents à se faire connaître ?

Clairement non, de part et d'autre de l'Atlantique. Je parle évidemment des journalistes professionnels et non des blogueurs bénévoles. On ne trouve plus de Denise Glaser (ou des Canetti pour les directeurs de salle) , star de la télévision, qui va dans les petits bars chercher les futurs Gainsbourg ou Barbara. Ils ne répondent pas aux sollicitations des électrons libres et couvrent toujours les mêmes événements, festivals, concours où tout est déjà joué, ou bien il faut avoir des pistons. Les journalistes sont essentiels dans ce métier, ils en font intégralement partie, ils sont le pont entre nous et le public.

 Merci Sarah et bonne chance...

 

 




 
 
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