LES FRERES BOBIN.....

      
Lui c'est FREDERIC........ et lui c'est PHILIPPE !
RENCONTRE AVEC LES " BOBIN " et dialogue " croisé " avec l'auteur : Philippe et Frédéric  : le compositeur -chanteur.....ou l'Art de faire des belles chansons en famille !

 
On connait bien FREDERIC , un des plus beau talent de la chanson Française , mais on connait moins le " frangin " qui lui cisèle de si beaux textes....
L'occasion pour 3-2-1-chansons de réunir le brillant mélodiste et interprète qu'est FREDERIC avec son parolier de frère  : PHILIPPE !


Frédéric et Philippe : Qui est le grand frère de l'autre ?

 Philippe Bobin : Dans les chiffres, c'est moi, puisque je suis l'aîné de six ans. Mais je serais tenté de dire que Frédéric est un peu le « grand » frère par rapport à notre projet, dans la mesure où c'est lui qui donne vie à nos chansons en les promenant sur scène, et qui prend des risques en s'exposant. A ce titre, j'aime beaucoup la formule qu'employait le frère aîné de Brel, qui surnommait Jacques son « grand petit frère ». Par son mode de vie, Frédéric est un peu l'artiste du binôme. Moi, je me définirais davantage comme un fonctionnaire, un artisan.

Frédéric Bobin : Philippe a six ans de plus que moi. Même si en vieillissant, la différence d’âge tend à s’atténuer, il reste mon « grand frère » dans la mesure où c’est lui qui m’a transmis sa passion de la chanson et de la musique en général. J’ai découvert grâce à lui des artistes qui ont changé ma vie, comme Les Beatles, Gainsbourg, Renaud… J’aurais sans doute découvert et aimé ces chanteurs de toute façon, mais Philippe m’a fait gagner du temps. Grâce à lui, mais aussi grâce à mes parents (Brassens, Trénet, Barbara) et à mon cousin (influences plus rock, comme The Rolling Stones et Téléphone), je me suis constitué une famille d’artistes qui m’ont accompagné tout au long de mon enfance et de mon adolescence. C’est un héritage très précieux. Et puis, je considère toujours aussi Philippe comme le grand frère, dans la mesure où c’est lui qui le plus souvent insuffle la première impulsion créatrice d’une chanson (avec la proposition d’un texte). Philippe constitue la source de mon travail.

Frédéric : Depuis quand , cette complicité de « faiseurs de chansons » ? Comment est-elle née ?

FB : Depuis toujours, il me semble ! J’avais une dizaine d’années et notre jeu préféré, à Philippe et à moi, c’était de faire des chansons (à l’époque sur un synthétiseur) et de les enregistrer sur un vieux magnéto K7. Il arrivait que Philippe chante et se retrouve derrière le clavier tandis que j’écrivais parfois des textes… Et puis peu à peu, on s’est pris au jeu, c’est devenu plus sérieux, Philippe a peaufiné l’aspect textuel tandis que je me suis consacré à la composition musicale, notamment en apprenant à jouer de la guitare. A partir du moment où les rôles se sont séparés de façon distincte, nos chansons ont connu un nouveau souffle. Ensuite, j’ai ressenti l’urgence de porter nos chansons sur scène devant un public. On a donc travaillé avec davantage d’exigence et on a jamais abandonné !… Cette passion a toujours fait partie de nos vies.

Philippe : Pourrais-tu écrire pour quelqu'un d'autre ?

PB : Je ne peux l'imaginer. Pour moi, la création de chanson passe par ma relation avec Frédéric. Nous créons ensemble depuis notre prime enfance (Frédéric avait 10 ans et moi 16), selon le même processus. Je sais ce qu'il attend de moi et inversement. Nous avons les mêmes influences, la même conception d'une chanson réussie. Tant que mon style parlera à Frédéric, il pourra compter sur moi. 

Frédéric : Comment se prennent les initiatives (nouvelles chansons par exemple  ou choix des thèmes) ?

FB : Comme je le disais, Philippe est celui qui donne la première impulsion d’une chanson, en me livrant une première proposition de texte. En ce qui concerne le thème, on n’en parle pas vraiment en amont… on se connaît suffisamment pour savoir quels thèmes nous touchent… La plupart du temps, les textes de Philippe me « parlent », mais il arrive aussi que des textes soient abandonnés, car je ne les ai pas en bouche.

Quand le texte me plaît, j’essaie une ou plusieurs musiques dessus. Il arrive d’ailleurs qu’il se passe beaucoup de temps entre son texte et ma mise en musique…

La phase que je préfère est celle où je fais une première proposition de musique à Philippe et où l’on commence à réfléchir sur cette nouvelle chanson en gestation. C’est là que l’échange d’idées est le plus riche entre nous et où cette collaboration en binôme prend tout sons sens. Ma musique nécessite parfois que l’on modifie le texte (choix des mots, changement de structure…). Philippe, qui n’est pas musicien mais qui est un fin mélomane, me fait parfois modifier des passages musicaux. C’est vital pour moi de pouvoir compter sur quelqu’un qui n’est pas musicien et qui me livre ses impressions de façon presque naïve, en écoutant ses émotions et en faisant fi des considérations techniques… Il m’invite souvent à revenir à une certaine forme de simplicité et d’épure dans mes musiques… L’inverse est vrai en ce qui concerne ses textes : je le pousse vers une certaine concision et suis plutôt réfractaire aux jeux de mots et aux rimes riches lorsqu’elles sont gratuites… Il faut que ça me touche, tout simplement. J’ai coutume de dire que c’est moi qui mets le point final à ses textes, de même que c’est lui qui décide qu’une musique est terminée.

J’adore travailler en tandem avec Philippe. C’est une grande chance de pouvoir partager ça entre frères. Souvent, les gens me disent qu’ils ont l’impression que les chansons sont écrites par une et même personne… C’est l’un des plus beaux compliments qu’on puisse me faire parce que cela met en lumière cette sorte d’osmose et de magie qui opèrent entre nous, lorsque l’on créé.

Frédéric et Philippe : N'y a t-il pas, parfois, un peu de frustration du fait que « l'œuvre »n'est pas complètement personnelle pour aucun des deux ?

PB : A notre âge, je pense que nous avons dépassé les problèmes d'ego. Nous sommes tous deux des passionnés de chanson. Modestement, nous nous mettons au service de notre art. Et le fait d'y travailler à deux multiplie les chances de boucler une bonne chanson, tout simplement. Je reste attaché à la réussite de quelques grands binômes de la chanson, dont le parolier n'était pas forcément chanteur. Citons les couples Lanzmann/Dutronc, Delanoé/Bécaud, Roda-Gil/Clerc, par exemple (sans vouloir se comparer à eux). Ces gens ont réussi de merveilleuses chansons, à la fois dignes et populaires (c'est un peu notre volonté). 

FB : Comme le dit Philippe, je crois qu’on a largement dépassé les problèmes d’égo ! Le but étant d’arriver à faire une bonne chanson (au sens où on l’entend… ceci est bien sûr très subjectif). Je ne suis pas forcément fasciné par le mythe de l’auteur-compositeur-interprète… On peut ne pas être très doué dans tous les domaines et il n’est pas absurde de travailler avec quelqu’un d’autre. Je pense aux tandems mythiques Prévert/Cosma ou Brecht/Weil ou pour rester dans la fratrie, Ira et George Gerschwin qui ont accouché de purs chefs-d’œuvre. Certes, l’œuvre n’est pas complètement personnelle, mais ce qui compte à mon goût, c’est qu’elle soit singulière.

Philippe : Pour mettre un peu de zizanie entre vous, ne trouves tu pas que tu es dans l’ombre de Frédéric , comme tous les auteurs ou compositeurs par rapport aux interprètes d’ailleurs ?

PB : Non, je suis très à l'aise avec ça. D'ailleurs, le travail d' auteur n'est pas mon activité première, puisque je suis professeur de français à temps complet en collège. Bien sûr, ça me fait plaisir d'être à l'honneur de temps en temps (cette interview, par exemple!). Mais je n'en fais pas une fixation. Il faut rester humble.

Philippe : Lorsque tu écris , as-tu parfois une mélodie qui te viens en tête et , si oui , en fais-tu état à Frédéric ?

PB : Oui. Quand je commence un texte, j'ai conscience que j'écris une chanson, destinée à être écoutée et partagée. Je ne sais pas jouer d'instrument, mais je reste très mélomane, et souvent, j'évoque à Frédéric une ambiance qui pourrait accompagner le texte en question. C'est ainsi que j'ai un petit droit de regard sur la musique, tandis que Frédéric intervient aussi sur le texte. Parfois, il me fait changer un mot (qui fonctionnait sur le papier mais ne passe plus à l'oreille). Il m'arrive également de modifier une structure, de supprimer un couplet, pour rendre la musique plus efficace (je suis convaincu qu'une musique réussie fait passer le texte, davantage que le contraire). Chacun peut intervenir dans le domaine de l'autre pour le bien de la chanson. C'est l'intérêt de travailler en binôme.     

Frédéric : Est ce qu'il t'arrive de composer une musique sur laquelle Philippe colle son texte, car je pense que d'habitude c'est plutôt l'inverse qui se produit ? 

FB : Très rarement. Des chansons comme « Bien dans ma peau » ou « Le chemin de toi » (extraites de l’album Les choses de l’esprit) ont été écrites sur des musiques existantes. Mais presque toujours, le texte vient d’abord.

Dans notre façon de concevoir nos chansons, il me semble en effet plus naturel que la musique épouse les mots… Ceci n’est possible bien sûr que parce que les textes de Philippe « sonnent » bien et sont concis. Ca m’offre une certaine liberté dans la composition.

Ceci dit, même si on travaille de la sorte (avec le texte d’abord), cela ne veut pas dire qu’on relègue la musique au second plan. Philippe et moi sommes attachés à l’équilibre entre paroles et musiques. C’est du 50/50.

J’aime à penser qu’une musique séduisante aide à rentrer dans un texte… En tant qu’auditeur, si la musique d’une chanson ne me plaît pas, je n’ai pas forcément envie de la réécouter, même si le texte est un pur joyau.

Des poèmes d’Aragon, comme Est-ce ainsi que les hommes vivent ou Que serais-je sans toi n’auraient pas eu le même impact sans le magnifique habillage musical de Ferré ou Ferrat. Textes et musiques sont, pour moi, indissociables.

Frédéric et Philippe : Pensez-vous que le fait d'être frères, avec la complémentarité que ça peut engendrer, soit un élément clé dans la réussite de vos chansons et comment voyez-vous l'avenir de votre binôme ?

PB: Oui, comme je l'ai dit précédemment, je pense que la complémentarité ne peut que servir les chansons. Quant à l'avenir de notre binôme, il dépend surtout de Frédéric, et de sa façon d'envisager la suite de sa carrière. Il peut avoir envie de changer de style, de mode de travail. Ou encore de chanter des reprises ou d'écrire lui-même des textes, qui sait ? Nous avons déjà cosigné 4 albums : les deux premiers essais (Les salades en 2002 et Les choses de l'esprit en 2004), très confidentiels et actuellement épuisés. Puis en 2008 est arrivé Singapour, qui nous a apporté une petite notoriété, en accrochant des médias comme France Inter et le magazine Chorus... Le premier homme va sortir fin 2012... Et j'ai même déjà écrit ce qui pourrait constituer la matière d'un cinquième album... C'est un avenir possible...  

FB : Le fait que l’on soit frère est en effet un élément clé dans notre travail. Il y a une complémentarité folle entre nous. Cela fait une vingtaine d’années que l’on travaille ensemble et je suis toujours excité à l’idée d’écrire et composer de nouvelles chansons avec Philippe. Cette envie me fait dire que notre binôme a de beaux jours devant lui ! Même si je considère mon projet toujours en mouvement perpétuel, je n’imagine pas évoluer sans Philippe. Comme c’est le cas depuis le début, je pense que l’on va pouvoir évoluer ensemble pour affiner encore le style qui est le nôtre.

Philippe : Quel est le texte (que tu as écris pour Frédéric) qui te tient le plus à coeur ? Quand tu écris, perçois-tu l'impact que pourront avoir tes textes sur les gens ?

PB : Pour la chanson qui me tient à cœur, je dirais « Singapour ». Le texte est venu très vite, dans l'émotion d'un fait d'actualité (la délocalisation d'une usine de Rennes à Singapour en 2005). Mais je ne croyais pas beaucoup à ce texte, peut-être un peu facile à mon goût. Mais Frédéric m'a persuadé du contraire. Il m'a forcé à le retravailler, avant de lui coller une musique reggae très efficace. Au bout du compte, cette chanson mal aimée a donné son titre à l'album. De plus, elle est toujours plébiscitée en concert et nous a valu un petit succès radiophonique. Ce qui me permet de faire le lien avec la suite de la question. Quand j'écris, je ne suis pas vraiment le meilleur juge. Dès que les chansons partent dans la nature, elles nous échappent et nous réservent parfois des surprises.

Frédéric : Dans ton répertoire, quelle est ta chanson préférée ? Est-ce que tu penses qu'une chanson est faite pour véhiculer un message, ou plus simplement quelles sont les « missions » de tes chansons ?

FB : J’ai une tendresse pour « La vieille ouvrière », une évocation de ma ville natale, Le Creusot, en même temps qu’un hommage à mes racines, au monde ouvrier. C’est une chanson très personnelle. Et puis je trouve que la rencontre entre le texte et la musique a quelque chose de miraculeux. Je n’ai pas modifié une virgule au texte, lorsque Philippe me l’a livré. J’aime aussi l’arrangement rock qui habille la chanson et qui retranscrit bien cette ambiance métallique et ces lieux déserts. 

Pour répondre à ta question, je ne pense pas qu’une chanson doive forcément avoir pour vocation de véhiculer un message. Je n’ai pas de « missions » particulières dans mes chansons, si ce n’est de faire mon travail avec le plus de sincérité possible. Je pense qu’une chanson ne vaut que par l’émotion qu’elle procure… Le timbre d’une voix, un passage mélodique ou un simple vers peuvent donner la chair de poule et dans ce cas, même si la chanson ne parle que du ciel bleu et des petits oiseaux, elle est à mon sens parfaitement réussie !!!

Alors bien sûr, j’aime quand le chanteur questionne le monde qui l’entoure et se fait témoin de son temps et de sa société comme un chroniqueur, comme il m’arrive de le faire, mais une chanson sans message peut me toucher autant…

En tout cas, je n’attends pas forcément d’un chanteur qu’il me fasse réfléchir sur tel ou tel sujet (et encore moins qu’il cherche à me convaincre…) mais j’attends toujours qu’il me procure une émotion.

Frédéric : Dis nous deux mots sur ton prochain album qui doit sortir très bientôt ?

FB : Il s’appelle Le premier homme et contient 11 nouvelles chansons, écrites avec Philippe. Parmi celles-ci, certaines ont déjà eu une vie sur scène depuis trois ou quatre ans tandis que d’autres on été composées il y a peu et sont « nouvelles », même pour les gens qui me suivent sur scène. J’ai tenté de creuser l’identité sonore de Singapour, avec ce son de trio guitare/basse/batterie aux couleurs folk-rock et pop. C’est un album très « guitare » avec l’apport de quelques parties de piano (instrument qui était absent de l’album précédent). Pour évoquer les textes, il y a toujours quelques textes à portée sociale et sociétale mais aussi des choses plus intimes dont pas mal de chansons qui évoquent la mémoire et des souvenirs d’enfance.

Pour terminer j'aimerai demander à Philippe si l'animation d'un atelier d'écriture est une chose qui le tenterait ?

PB : Pas vraiment. Au risque de choquer certains, je pense que l'écriture de chansons ne s'apprend pas. Pour moi, c'est un acte solitaire, sensible et intime, qui part d'une envie de s'affirmer. Cette envie est née chez moi, comme chez beaucoup de gens je crois, vers l'âge de 15 ans. J'avais envie de dire des choses, et d'imiter mes maîtres en chanson de l'époque (Renaud, Brassens, Brel, Gainsbourg). Au fil du temps, la pratique assidue de l'écriture m'a permis de faire évoluer mon propos, et de quitter le pastiche de mes idoles pour acquérir un style plus personnel. Mais cela passe par une pratique régulière, beaucoup de volonté et de remises en question, quand on veut pratiquer l'écriture sérieusement, en tout cas. Il n'y a pas de recette miracle.

Merci à vous deux pour votre disponibilité et continuer à nous faire de belles chansons !

PB : merci à vous

FB : Merci Michel !

 

 





 
 
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