Rencontre
avec

 
XAVIER BESSE
 

Si on vous disait qu’il est né pendant la première moitié des années 70 dans la paisible (oh si paisible) bourgade de Limoges, que dès l’âge de 11 ans il découvre le plaisir de malmener les touches noires et blanches du piano familial puis qu’il s’engage quelques printemps plus tard dans de fulgurantes études au conservatoire… Est-ce que ça vous suffit ??

Pour les plus curieux d’entre vous, sachez que l’aventure du bonhomme ne s’arrête pas là. Elle semble même toucher à son début…

Pour en savoir un peu plus sur  Xavier , son beau site et une vidéo .

Mais aujourd'hui 3-2-1-chansons a voulu s'intéresser à l'Auteur et je n'ai pas résisté à l'envie de lui poser quelques questions !


Depuis quand écris-tu et qui t'as donné l'envie d'écrire ?

J'ai écrit mes premiers poèmes vers l'âge de huit ans. Rien d'exceptionnel, bien-sûr, dans ma production de l'époque, mais j'avais déjà, je crois, quelques qualités telles que le sens de la métrique, de la rime, bref, d'une certaine musicalité du vers et des mots. Plus tard, vers 13 ou 14 ans, à l'âge des premiers chagrins d'amour, j'ai découvert certains chanteurs tels que Renaud ou Duteil notamment par le biais de la télévision ( Nous ne l'avions pas mais je me » rattrapais » chez mes grands-parents...). Puis, ce fut le tour de Gainsbourg et de quelques autres, mais mon plus grand choc a certainement été la découverte de Léo Ferré au lycée. J'avais tout juste dix-sept ans et il ne m'a plus quitté ! Grâce à lui, je me suis intéressé à la poésie et j'ai commencé à lire un nombre incommensurable de poètes ( surtout les poètes des deux siècles derniers ). Ferré a donc été un déclencheur pour moi. Mais, quelques années plus tard, Brassens a également beaucoup compté, et depuis, j'ai découvert toute la chanson à texte plus marginale, moins médiatisée, que tu apprécies comme moi .

Comment pratiques-tu.......as-tu une méthode de travail ?

Non, tu sais, je ne suis pas très discipliné...Peut-être mon côté libertaire...Pour les textes, c'est très laborieux ; j'essaie de ne rien laisser passer. Tout comme Baudelaire, un de mes maîtres en matière d'écriture, je me méfie du premier jet, même quand il semble inspiré...Je passe donc des heures , parfois , à peaufiner quatre ou cinq vers...J'apprécie la rigueur en ce qui concerne les rimes, la métrique...J'aime quand c'est ciselé, avec de belles assonances , des allitérations . J'aime la délicatesse, la fluidité du verbe, quand la diction ne bute sur aucun mot . On trouvait ça chez Brassens, autrefois . Aujourd'hui , la plupart des auteurs de chansons manque de cette rigueur , à mon goût ...Sauf un Bernard Joyet , bien-sûr , qui écrit avec presque plus de précision que bien des poètes classiques ! Gérard Morel, est également un orfèvre en la matière...Mais ce sont des exceptions...

Ou trouves-tu ton inspiration et quels sont tes thèmes préférés ?

Rien, a priori, n'est indigne de m'inspirer!...En premier lieu, le quotidien, le zigzag d'un frelon dans la torpeur moite de l'été...Mais aussi des livres, des œuvres d'art, des films...

Est-ce que ta gomme est un instrument utile pour écrire ?

Pour écrire des textes, non : je rature à l'infini et j'empile les brouillons jusqu'à la page « parfaite » , sans scories ( selon mes critères, bien-sûr...). Pour composer, par contre, oui, j'utilise une gomme car j'écris au crayon à papier, sur un cahier de musique» à » l'ancienne »...

As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te « trottent »-elles déjà dans la tête ?

Autrefois, je commençais en général, par écrire les textes. Aujourd'hui, j'utilise volontiers chacune des possibilités, histoire de varier les plaisirs !... Ceci dit, il faut se méfier, je trouve, quand on commence par la musique et qu'on rajoute les paroles car ça n'inspire pas toujours que de bonnes choses, au niveau du texte; ça peut donner des tentations de facilités avec des mots juste fait pour sonner sur les notes...Bref, il faut être vigilant, la musique n'est pas toujours «bonne conseillère»...

La page blanche te hante t-elle ?

Non, pas vraiment...Cette angoisse ne m'a jamais effleurée...Il y a tellement plus grave dans la vie...Et, de toute manière, je sais, pour animer régulièrement des ateliers d'écriture, que ce qu'on appelle l'inspiration, ça se stimule!...Bref, « la page blanche » et tout le tralala, c'est un faux problème...Quand on a des choses à exprimer, on y arrive toujours! Il faut juste avoir l'envie, le besoin...

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

Non, je peux écrire n'importe où et n'importe quand. Il me faut juste un minimum de calme, d'isolement...Encore que...Un jour, je suis allé voir un spectacle de cirque traditionnel (très mauvais, d'ailleurs) pendant lequel je ne pouvais m'empêcher de retravailler mentalement un des couplets d'une de mes chansons , « au parc du château de Nexon » car certains mots me gênaient...

Ecris-tu pour d'autres ?

En tant que compositeur, j'ai écrit pour divers artistes : Henri Courseaux, Michèle Enée, Marie Leurent, Emma Staël...Mais aussi Rimbaud, Verlaine, et même...Brassens !

En tant qu'auteur, je n'ai jamais écrit à la demande mais je viens d'envoyer un texte à Frédéric Bobin pour qu'il le mette en musique...J'ai hâte d'entendre la mélodie imparable qui lui viendra, je n'en doute pas, avec la merveilleuse inventivité dont il sait faire preuve et qui le place au premier rang des mélodistes et compositeurs de la chanson actuelle.

Ecrire est-il vital pour toi?

Vital , non ! Respirer, boire, manger : voilà ce qui me paraît vital ! Mais c'est vrai que l'écriture correspond chez moi à un profond besoin d'expression. J'ai des choses à dire, et, à certains moments, il faut que « ça sorte »...Je n'écris que rarement par jeu. Contrairement à Aragon, je ne chante pour passer le temps...Le temps passe d'ailleurs beaucoup plus vite et agréablement avec des amis et une bonne bouteille qu'avec un stylo et soi-même...Ceci dit, après « l'accouchement » quand la chanson est achevée, quel bonheur et quelle fierté !

Les périodes d'écritures sont-elles exaltantes ou déprimantes ?

Jamais déprimantes, Exaltantes, jubilatoires, oui ! Epuisantes, aussi !...Mon cerveau bouillonne alors littéralement jours et nuits...

Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier , ce serait lequel?

Lire les poètes et s'intéresser plus largement à tout, être ouvert sur le monde et curieux d'esprit car tout peut être source d'inspiration. Ensuite, d'un point de vue plus technique, dans l'écriture il ne faut pas abuser des mots abstraits, en particulier ceux qui ont été trop souvent utilisés et se sont progressivement usés ( « l'ennui «, « la solitude «, « l'espoir «, « l'amour «, etc...). Bien-sûr, si on souhaite utiliser un de ces mots, c'est évidemment possible, mais il est judicieux d'essayer de l'entourer, pour compenser, de vocables plus concrets, enracinés dans le réel le plus tangible ( « armoire », « arbre «, « oiseau «, « bateau «, « bouteille «, « cheval «, « source «, que sais-je encore !...) car quand l'abstrait l'emporte sur le concret, on risque de tomber dans des textes trop emphatiques, et finalement, impersonnels...Je conseille aussi de s'intéresser de près au rapport entre refrain et couplets qui offre des possibilités multiples, très intéressantes à exploiter...On peut d'ailleurs faire des chansons pratiquement sans refrain...Depuis Brassens et Ferré, de nombreuses chansons se passent de refrain...Ce qui me fascine dans cet art, c'est que c'est une forme totalement ouverte, « anarchiste «. Bref, un genre à part, sans forme fixe...En tout cas, j'estime que cette recherche sur les différentes formes que peut prendre une chanson est une des clés, à la fois au niveau du texte et de la musique...Du coup, pour te répondre, j'ai même donné trois conseils pour le prix d'un !!...

Ta chanson préférée ?

En donner une seule m'est impossible !...

Chez Brassens, " Saturne ", " Bonhomme ",  ou encore " à l 'ombre du cœur de ma mie " où les mélodies sont aussi belles que les textes, d'une merveilleuse concision.

Chez Léo Ferré « la mémoire et la mer «, « à toi «, « la mélancolie « qui sont d'admirables chansons, classiques inusables qui, à l'instar des grands vins se bonifieront encore dans les prochaines années...

Chez Leprest, « la retraite «.

Chez Bernard Joyet, « entre six murs « et « on s'ra jamais vieux «.

Chez Renaud, « c'est quand qu'on va où «.

Voilà ! Et encore, j'ai fait un effort pour ne pas t'en citer plus !... Mais cette liste me semble contenir des chansons de haut vol qui, en tout cas, me touchent...

Te sens-tu plus Auteur que Compositeur ? Estimes-tu que la musique et les arrangements soient aussi importants que le texte ?

La musique est sans doute plus importante que le texte pour ce qui concerne l'efficacité de la chanson car, indéniablement, si une chanson « marche », c'est toujours grâce à la musique...Mais, bien-sûr, pour qu'une chanson plaise à tous ( ou mieux, à certains...), il est plutôt impératif que les textes ne soient pas d'une indigence totale...A titre personnel, je me sens autant auteur que compositeur...Ce qui m'intéresse, c'est l'étincelle poétique qui peut jaillir parfois ( du moins, je l'espère humblement ) de mes mots ou de mes notes. J'essaie donc, patiemment, laborieusement, d'être un peu « poète » comme auteur et mélodiste...

Pour terminer, comment vois-tu l'avenir des ACI comme toi (ceux qui colportent la bonne chanson Française) qui sont peu, pas ou mal reconnus ? Plus précisément un ACI comme toi peut-il vivre correctement de son Art aujourd'hui ?

Oui, c'est possible mais...rarement les premières années !...En effet, le plus difficile c'est d'être remarqué par le public et les programmateurs. Pour cela, il faut être visible... Il ne faut donc pas rater une occasion de se montrer en scène. Il faut être tenace, avec une grande solidité. Démarcher, cultiver ses réseaux. La chance, aussi, peut jouer...Bref, c'est très difficile, il faut donc absolument chanter par vocation ! Mais si on est fait pour ça, il faut foncer, travailler beaucoup et s'accrocher : il en sortira toujours quelque chose de bon !

Y a t-il une question , à laquelle tu aurais aimé(e) répondre et que je ne t'ai pas posée ?

Non, Michel ! Il est très bien, ton questionnaire!...

Merci Xavier


 



 
 
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