Michel GRANGE  Rencontre avec
MICHEL
GRANGE....

Né un 14 juillet, 47 ans avant la mort de Léo Ferré .Etudiant en Lettres puis enseignant, c’est aussi l’écriture, les premiers cabarets dans le Vieux Lyon et la Fine Fleur de la Chanson Française de Luc Bérimont.
La vocation de l’enseignement ne résistera pas à l’appel du théâtre et de la chanson avec la Cie de la Satire, puis la Maison de la Culture de Bourges. Récitals de MJC en Printemps de Bourges, duo avec Michèle Bernard, café-théâtre avec Alain Bert…
De 82 à 2008, à l’initiative de Jeunesse et Sports, il devient conseiller-chanson, mêlant ainsi sa vocation à un travail d’animateur et de formateur, au service d’un art populaire nourri de la meilleure poésie.
Et depuis… « Quel plaisir de retrouver Michel Grange, mémoire de la chanson s’il en est, avec sa voix veloutée, ses textes de toute beauté, écriture exquise, beaux objets d’artisan, intemporels. » Michel KEMPER
« …Un chanteur corrosif, un chanteur qui se mérite comme lui-même est exigeant. »
Jean Yves LOUDE

Voilà pour la présentation de l'auteur -compositeur -interprête Michel GRANGE......
Mes, comme 3-2-1-chansons veut toujours en savoir un peu plus, je lui ai posé quelques questions !   3-2-1...... c'est parti :

Depuis quand écris-tu et qui t’as donné l’envie d’écrire ?

 J’étais préalablement très imprégné pas ce que me chantaient mes parents : de « Nous n’irons plus au bois » à « Hardi les gars, vire aux guindeaux ». Et puis Brassens est venu très vite, par la radio et les disques que j’achetais et écoutais en douce.

A 14 ans, ma première guitare, c’était pour chanter ses chansons : Le gorille  en premier parce que c’était très simple. Et puis j’accompagnais tout sur deux accords ; c’était évidement bizarre quand il s’agissait de chanter La chasse aux papillons ! Et puis l’envie d’écrire… Et ma première chanson (tu imagines la qualité !) est venue ainsi, sur RéM/La7.Toujours Le gorille !

Il m’a fallu six ou sept ans de banalités, de textes plus ou moins aboutis et beaucoup de doigts écorchés sur la guitare pour me dire que ça commençait à devenir un peu joli.

Ma vraie école et ma vraie formation, aussi bien pour l’écriture que pour la scène, c’est le cabaret à Lyon et l’émulation fraternelle avec des mecs comme Michel Corringe, Alain Bert, André Tavernier… des mecs qui même quand ils faisaient la manche savaient ce que qualité voulait dire et n’hésitaient pas à balancer du Ferré, du Leclerc ou du Graeme à peine connu à l’époque .

Comment pratiques-tu ? Tu as une méthode de travail ?

Méthode, non ; travail, oui. Je suis un laborieux de l’écriture. Je peux partir d’une expression, rarement d’une idée à développer. Il faut trouver le moule, le quatrain, le tercet, l’octosyllabe ou l’alexandrin…et puis ça part. Et c’est là que je deviens besogneux. Puisque même les fleurs  je l’ai commencée vers 73-74 ; un refrain que je croyais béton et que j’ai fini par balancer, des phrases trop confuses…et ma musique qui ne me plaisait pas et Paul Castanier qui m’en propose une autre qui ne me convient pas…En fait, je n’avais pas abouti. J’ai repris et fini le texte en 2007, je l’ai donné à Michèle Bernard pour qu’elle le mette en musique et enfin, grâce à elle, je suis content de la chanson plus de trente ans après. Ouf !

Plus récemment,  Le marin tranquille  m’a pris quatre à cinq mois avec tous les jours, de dix minutes à deux heures, un petit truc en plus ou en moins pour épurer et être efficace. Donc pas de règle, sinon que je prends le temps pour pouvoir me dire « Là, il n’y a plus rien à toucher. »

Où trouves-tu ton inspiration et quels sont tes thèmes préférés ?

J’ai donné, à la fin des années 60, dans une sorte d’écriture automatique que je maintenais malgré tout dans une prosodie relativement rigoureuse. 68 venait de passer par là et j’avais besoin et envie de fulgurances et de paroles libres tout azimut. En fait, je chauffais le stylo.

Depuis, je pars d’un mot ou d’une formule qui me vient ou que j’entends et que je pique. Il faut que ça me parle et que je puisse l’humaniser. Je ne suis pas « art pour l’art », je veux du sens ; par exemple, René, le patron du cabaret où je chantais à Lyon, lors d’une conversation au bar, à propos de je ne sais plus quoi, sort cette formule « ça vous dépayse le cœur ! » Tilt ! Et quand j’ai eu trouvé mon moule, comme je te l’expliquais tout à l’heure, ça a donné La drôle de vie, une chanson sur les copains du Vieux Lyon de l’ « épique époque » !

Mes thèmes ? Rien d’évident. J’essaye de ne pas trop me répéter. Les gens de la rue, l’amitié…l’humain quoi! Même quand il sait se faire désolant, belliqueux, injuste et salaud.

As-tu un ordre bien défini, paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te trottent-elles déjà dans la tête ?

Pas vraiment. En général, je me mets plutôt au texte. Je suis d’abord un « littéraire » et je gratouille quelques harmonies qui m’inspireront une mélodie. Une fois, une seule, ce fut l’inverse. J’avais composé un petit truc sympa à la guitare, un truc assez mélancolique, des strophes sont parties en évidence et ça a donné Rues mélancoliques justement. Il m’arrive parfois que tout parte en même temps, paroles et musique, et là, il ne faut pas hésiter.

La page blanche te hante t’elle ?

Il manquerait plus que ça ! Je n’ai pas d’angoisse de ce côté-là. Si elle reste blanche, je l’abandonne à son triste sort, mais au contraire quand la machine a démarré, je vais te la noircir et si ça ne me convient pas, la poubelle à papier et juste là à droite du bureau.

As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux tu écrire à la demande ?

Périodes, non ! Ni même un lieu, quoique quand je suis dans la besogne, j’ai besoin d’être au calme chez moi, au bureau ou sur un coin de la table de la cuisine, avec un café ou une bière à portée de main. Un peu bizarrement, par ailleurs, plusieurs amorces de chanson me sont venues en bagnole ; dans ce cas je me dépêche vite de noter en arrivant avant que tout foute le camp.

Si j’écris à la demande ? Oui, parfois, pour des amis théâtreux et marionnettistes, pour un spectacle-chanson sur le thème du temps. Un jour j’ai appelé Michèle Bernard, j’avais quelques vers d’une future chanson qui, me semblait-il, devait être aussi pour elle. « Banco ! » m’a t’elle dit, j’ai bossé et ça a donné Aimons-nous, amis qu’elle m’a fait la joie de mettre en musique et d’enregistrer dans son album anniversaire.

Ecrire est il vital pour toi ?

Pas vraiment. C’est important le fait de créer, écriture ou autre, mais de là à être vital, je ne pense pas. J’ai des périodes de sécheresse incroyable et je ne me suis toujours pas suicidé. Mangeons, allons vers l’autre, aimons, ça oui c’est vital ! Créons, oui c’est vrai ça aide à rendre la vie plus belle mais ce n’est pas toute la vie.

Les périodes d’écriture sont elles exaltantes ou déprimantes ?

Exaltantes, toujours, même si une fois de plus je suis un laborieux. Et si je n’aboutis pas, je n’en fais pas une maladie. Le texte reste dans les cartons ou si je sens qu’il n’y aura pas de solution…boulette et poubelle !

Et si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier, ce serait lequel ?

Dieu m’en préserve, et c’est un athée qui te parle !!!

Ta chanson préférée ?

Que c’est difficile, cette question ! Pour la fulgurance, je te dirais bien La mémoire et la mer, mais peut-on parler encore de chanson dans ce cas ? Je penserais alors à La marche nuptiale de Brassens, magnifique chanson, très poétique et tellement humaniste ; on retrouve toute la tendresse du maître pour les réprouvés et sa belle colère. Je te rajoute La chanson de Craonne pour ce qu’elle représente de douleur vécue et de révolte lucide (« Car si vous voulez faire la guerre, payez-la de vot’ peau ! »).

Te sens tu plus auteur que compositeur ? Estimes- tu que la musique et les arrangements soient aussi importants que les textes ?

Je suis surtout auteur. La mise en musique est un plaisir que je ne me refuse pas, mais je suis trop limite en connaissances musicales. Je pars d’une suite harmonique et je glisse une mélodie. Je n’arrive pas vraiment à faire ce qu’il faudrait faire, c'est-à-dire exactement l’inverse. Depuis quelques temps, j’ai confié trois textes à Michèle Bernard, un autre à Gérard Morel qui, d’ailleurs, n’avait encore jamais fait de mise en musique d’autrui et un autre à Renaud Gillet lorsqu’il travaillait sur les arrangements de mon CD studio.

Ce qui ne m’empêchera pas de pondre encore des musiques si l’inspiration veut bien s’en mêler. Je n’ai quand même pas composé que des merdes, mais enfin, c’est vrai que je me sens d’abord auteur, et comme la modestie ne m’étouffe pas, j’ose dire que je me débrouille pas mal dans ce domaine !!!

Plus généralement, une bonne chanson, c’est bien sûr un heureux mariage des paroles et de la musique.

Pour terminer, comment vois tu l’avenir des ACI qui sont peu ou mal connus ? Plus précisément, un ACI peut il vivre correctement de son art aujourd’hui ?

Des tas de structures associatives ou non vivent et meurent et renaissent ailleurs, donc je ne suis pas vraiment pessimiste. C’est vrai que nous ne sommes plus dans la période bénie où les François Béranger ou les Tachant bourraient des salles de mille ou deux mille spectateurs, où les MJC et les lycées agricoles pouvaient mettre vraiment du blé dans la diffusion chanson. Mais les petits lieux existent bel et bien et il y a cette belle énergie des chanteurs eux-mêmes qui s’organisent et organisent ! Je pense à mes potes Rémo Gary autour de Bourg en Bresse, Michèle Bernard dans son village, Laurent Berger en Dauphiné..! Vive la vie !!!

Y a-t-il une question à laquelle tu aurais aimé répondre et que je ne t’ai pas posée ?

Ben, par exemple « Comment ça va ? » et tu sais maintenant que je t’aurais répondu « Très bien ! »

Merci Michel , bonne continuation......et puis si vous voulez en savoir encore un peu plus sur Michel je vous propose de visiter son très beau site : http://www.michelgrange.fr/ 


 




 
 
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