Marion Rouxin

RENCONTRE

AVEC

MARION ROUXIN

Depuis quand écris-tu et qui t'as donné l'envie d'écrire ?

Je me souviens du premier poème que j’ai écris : j’avais sept ans, c’était à l’école et j’y parlais «des dents cariées de la mariée» (attention la rime) ! Je pense que je m’en souviens car ça a marqué mes parents qui m’en parlent encore aujourd’hui (morts de rire)...

Qui m’a donné l’envie d’écrire ? Je ne sais pas exactement, beaucoup de gens, beaucoup de situations. Plus tard, l’écriture pour moi fut un déversoir d’émotions. Quand c’est trop fort, trop douloureux, trop plein, ça me permet de décompresser, d’éviter le débordement, l’implosion.

Comment pratiques-tu..... As-tu une méthode de travail ?

Non pas vraiment, je peux écrire n’importe où, n’importe quand, sur n’importe quoi, mais ça passe quand même le plus souvent par le papier et le crayon (je finis sur l’ordinateur quand les choses sont déjà bien avancées).

J’aime les coins de passage (bistrots, parcs, bancs...) et les cuisines. Pour moi, la cuisine est un endroit magique pour l’écriture, je ne peux pas expliquer pourquoi mais c’est un endroit où je me sens particulièrement bien.

Je n’ai pas de méthode à proprement parlé, mais je sens le moment où il faut que je m’y mette... Je suis alors dans un état particulier (que je ne sais pas bien comment définir).

La condition principale est quand même d’être seule : je n’écris pas quand il y a du monde autour de moi, il ne faut pas me parler, par contre je peux me mettre à parler ou chanter ou crier.

Et le plus important : faut pas essayer de lire par dessus mon épaule (je déteste qu’on lise les textes inachevés).

Ou trouves-tu ton inspiration et quels sont tes thèmes préférés ?

Je trouve «l’inspiration» (même si j’ai du mal à utiliser ce terme) et les sujets de mes chansons dans la vie et la mienne plus exactement ! C’est tellement banal de le dire, mais c’est la réalité, alors... Je pense qu’écrire, c’est avant tout parler de soi. Même si les choses peuvent faire écho (et que c’est souhaitable), ça part d’un sentiment, d’un besoin subjectif. C’est mon regard sur les êtres, les choses, le monde qui m’entourent.

J‘aime dire que mes chansons sont comme des photographies, des instants figés sur le papier.

Je pense être en capacité de décrire chacun des contextes et décors qui m’entouraient lors de l’écriture de tel ou tel texte.

A écouter tes chansons on a vraiment l'impression que beaucoup d'entre elles représentent des tranches de vie «  vécues » ou à « venir »,,,, «  En panne » par ex ! Je suis complètement "bouleversé", par le fait  qu'une jeune artiste comme toi, bien loin d'être concernée par le sujet ( la vieillesse), ai pu écrire cette magnifique chanson , avec un ton aussi juste et qui dégage de ce fait une émotion incroyable ! Explique nous tout ça ?

Oui, comme je le dis juste avant, mes chansons sont des morceaux de vie réelles ou imaginaires... Je n’ai en effet jamais mis le feu à un amant infidèle, mais je connais très bien le sentiment de jalousie et l’état extrême dans lequel il peut nous plonger...

Tout comme l’idée du temps qui passe. Effectivement, je n’ai que 31 ans et pourtant cette notion est omniprésente depuis très longtemps déjà dans mon travail. La peur de la mort, de celle des autres surtout. La peur de se retrouver seule, sans amour... De vieillir... Bref, c’est un sujet récurrent chez moi et traité plus ou moins positivement selon le moment, les périodes de ma vie. «En Panne» plus particulièrement, est aussi un regard porté sur la relation amoureuse de mes parents.

Est-ce que ta gomme est un instrument utile pour écrire ?

Non, je rature, je déchire, je gribouille, je jette, j’oublie dans un coin mais jamais je ne gomme.

 As-tu un ordre bien défini , paroles puis musique ? La rythmique et la mélodie te « trottent »-elles déjà dans la tête ?

Oui, il y a un ordre : viennent les textes puis la musique. Cependant, j’aimerais expérimenter l’inverse (je n’ai jusque là jamais réussi mais je ne perds pas l’envie et l’espoir d’y parvenir un jour)...

Comme je le disais plus haut, lorsque j’écris ce n’est pas spécialement silencieux. Cela dit, il est très rare que ce qui sort et s’exprime durant l’écriture soit la mélodie qui finalement accompagnera le texte... J’aime laisser passer du temps et pour la musique me frotter à l’univers des autres. Je travaille avec des musiciens qui m’apportent et me nourrissent de leur richesses et idées. J’aime, pour la composition m’ouvrir à un «oeil-oreille» extérieur : ça permet de prendre un peu de distance vis à vis du texte et amène une ouverture poétique et imaginaire vers laquelle je ne serais pas forcément allée de moi-même.

La page blanche te hante t-elle ?

Jusque là pas vraiment. Je me dis que si un jour je n’écris plus, c’est que je n’en aurais plus besoin et que je ferais alors autre chose... Jusqu’à présent, l’écriture vient quand elle veut.

 As-tu des périodes privilégiées pour écrire ? Peux-tu écrire à la demande ?

Non, je n’ai pas de moments privilégiés. ça peut se passer un peu n’importe quand, aussi bien le jour que la nuit.

Écrire à la demande, c’est difficile pour moi. J’ai eu une période où j’essayais d’avoir une régularité, un sérieux, une organisation dans l’écriture : écrire un peu tous les jours, rester plusieurs heures à la table, comme les «vrais écrivains» quoi ! Et bien non avec moi ça ne marche pas comme ça ! J’écris quand j’ai envie d’écrire, il peut donc y avoir des mois entiers sans écriture et soudain période de créativité intense : y a pas de recette.

 Ecris-tu pour d'autres ?

ça m’est arrivé d’avoir des commandes. C’est angoissant, mais pas désagréable. Mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait une grande différence entre les moments où j’écris pour moi et ceux où j’écris pour les autres.

 Ecrire est-il vital pour toi?

Ecrire fait partie de ma vie. C’est un acte qui m’accompagne, m’aide à avancer, à réfléchir , à comprendre les choses, les gens. ça m’aide aussi à supporter et surmonter des périodes qui m’apparaissent comme insupportables, insurmontables...

 Les périodes d'écritures sont-elles exaltantes ou déprimantes ?

En règle générale, elles sont plutôt agréables, écrire est passionnant, motivant, enthousiasmant... C’est plutôt l’inverse : ça m’aide à sortir des périodes douloureuses et déprimantes...

 Si tu devais donner un seul conseil à un débutant parolier, ce serait lequel ?

Je n’ai aucun conseil à donner. Je pense que chaque personne a un parcours différent, qu’il faut juste prendre le temps de vivre les belles choses comme les moins belles pour pouvoir s’en charger et avancer avec. Mais c’est le discours que je pourrais tenir à n’importe qui, écrivain ou pas.

Ta chanson préférée ?

Je n’en ai pas qu’une seule j’en ai plein et puis ça change selon les périodes... Alors en fait, j’en ai pas.

 Te sens-tu plus Auteur que Compositeur ?

Oui je me sens plus auteur que compositeur, même si j’écris certaines de mes musiques... Je connais très mal la musique (théoriquement et techniquement parlant), et je sens un vrai manque, de vraies difficultés à cet endroit. C’est pourquoi j’aime m’entourer de musiciens-compositeurs-arrangeurs capables de faire vivre et résonner mes textes. J’adore être surprise par ce que peut nous dire la musique en plus du texte.

Estimes-tu que la musique et les arrangements soient aussi importants que le texte ?

Bien sûr, pour moi l’un ne va pas sans l’autre. Une chanson est l’alliage d’un texte et d’une musique. Ils sont donc aussi importants l’un que l’autre.

 Pour terminer, comment vois-tu l'avenir des ACI comme toi (ceux qui colportent la bonne chanson Française) qui sont peu, pas ou mal reconnus ?

Sincèrement, je ne sais pas quel avenir nous attend... Mais qui peut le dire ?

En temps qu’intermittente du spectacle, comme tout un tas d’autres personnes dans mon cas et pas seulement dans le milieu du spectacle, la précarité est là... Et qui dit précarité, dit instabilité et incertitudes quant à l’avenir plus ou moins proche...

Ce que je souhaite avant tout c’est pouvoir continuer mon travail comme je l’entends, de la manière la plus investie possible (ce qui suppose du temps et un minimum d’argent quand même...)

Plus précisément une ACI comme toi peut-elle vivre correctement de son Art aujourd'hui ?

Pour ma part, je peux dire que je vis correctement ou à peu près de mon travail, mais je sais pertinemment que ce n’est pas le cas de tout le monde (loin de là) et qu’il y a comme une épée de Damoclès constamment au dessus de nos têtes et ça depuis de nombreuses années... C’est ce qui est le plus fatiguant dans ce métier.

 Y a t-il une question à laquelle tu aurais aimé répondre et que je ne t'ai pas posée ?

Non, elles sont plutôt pas mal celles que tu as déjà posées !! MERCI !

Merci Marion et bonne route.....




 
 
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